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3 questions à Constant BERNARD

A l’occasion de la campagne Présidentielle, le Symop a interrogé les candidats à la Présidentielle sur leur vision de l’industrie. Aujourd’hui,  quel  regard portez-vous sur leurs propositions ?

Le premier constat que nous faisons est, à regret, que les enjeux industriels sont mal maîtrisés par les candidats à l’élection Présidentielle. C’est pour cette raison qu’ils n’ont été que partiellement abordés pendant la campagne.

C’est pourtant un enjeu fondamental lorsqu’on compare le tissu industriel français à ses concurrents, y compris Européens. Ainsi, l’Italie et l’Allemagne ont une industrie plus performante car plus moderne que la nôtre.

Ce « décrochage » n’est pas réellement pris en compte par les candidats alors que ses conséquences sur les comptes publics, sur l’emploi et sur la balance commerciale sont importants.

Cela explique l’émergence de propositions qui aggraveraient les difficultés que nous rencontrons, comme la taxation des robots formulée par Benoît Hamon ou un durcissement des règles sociales qui conduiraient à surenchérir le coût du travail et à limiter les capacités d’initiatives de nos entreprises comme le voudraient Nathalie Arthaud, Philippe Poutou ou Jean-Luc Mélenchon, même si ce dernier partage notre constat sur la nécessité de soutenir les entreprises dans la rénovation de leurs outils productifs.

Quant aux propositions de Marine Le Pen, l’essentiel de ses propositions porte sur le protectionnisme (notamment économique) qui fragiliserait les entreprises françaises qui « achèteraient » leur compétitivité plutôt que renforcer le potentiel productif français en misant sur les technologies d’avenir.

Les candidats qui comprennent mieux les industriels et leurs besoins sont au final Emmanuel Macron et François Fillon : tous deux souhaitent libérer l’économie pour permettre une transformation plus souple de la société. Ces propositions vont dans le bon sens mais restent timides pour l’industrie qui a besoin de mesures radicales pour être dans la course des années 2020, comme par exemple, un soutien massif à l’investissement industriel et au développement des technologies françaises qui font sens même dans ce monde globalisé.

Les deux finalistes de cette Présidentielle proposent notamment pour les entreprises une baisse des cotisations sociales et une baisse de l’impôt sur les sociétés. Ces mesures vous paraissent-elles de nature à répondre aux besoins des industries françaises ?

Ce sont des mesures qui peuvent être positives pour certaines entreprises mais ne répondent pas nécessairement aux besoins spécifiques des industries.

Nous avons à la fois besoin de plus de flexibilité, de plus de soutien à l’innovation et d’une structure de coûts qui leur permettraient de conquérir de nouveaux marchés. Et pour y parvenir, nous avons besoin de mesures ciblées. A titre d’illustration, plutôt que la baisse généralisée de l’impôt sur les sociétés, nous préférerions une simplification du crédit impôt recherche et la pérennisation du suramortissement qui inciterait les industriels à investir dans leurs outils productifs et à anticiper la demande.

Au-delà de cette élection, comment envisagez-vous votre action dans les mois à venir pour faire entendre la voix des ETI et PME industrielles françaises ?

Les mois à venir seront décisifs. Les élections législatives puis l’installation de la nouvelle Assemblée nous donnerons l’opportunité de partager notre constat sur la situation industrielle français et sur les propositions que nous avons formulées dans notre manifeste en matière de formation, de soutien à l’innovation, de réduction des coûts du travail et naturellement de soutien à l’investissement productif.

Avec d’autres organismes représentatifs, nous souhaitons joindre nos forces pour amplifier notre démarche et ainsi redonner à l’industrie française une place à la hauteur de ses compétences et de ses capacités : 750 000 emplois ont été perdus ces dix dernières années, et le PIB a diminué presque de moitié.

Nous nous engageons une fois de plus dans une opération de réhabilitation de longue haleine.

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