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Sur-amortissement, robitisation, emplois … 3 questions à Constant Bernard, Président du Symop.

A la demanConstant BERNARD - SYMOPde du Président de la République, le Gouvernement a prolongé le dispositif sur-amortissement, quel regard portez-vous sur cette décision ?

 Elle est salutaire, mais partielle. Le Symop, ses adhérents et les industriels qu’ils représentent, sont pour beaucoup dans la création en 2015 de cette mesure. Nous avons, avec l’aide des pouvoirs publics, pour ne pas dire de l’obsolescence, de l’appareil productif français. L’âge moyen des machines-outils de notre pays est de 17 ans, quand il est de 10 ans en Italie et de 9 ans en Allemagne.

Ce retard a un prix : l’accélération de la perte de compétitivité des entreprises françaises et le manque d’innovation. Au final, ce sont bien la capacité des usines françaises à produire des biens innovants de qualité et leur besoin à exporter qui, depuis plusieurs années, se sont considérablement rétractés, entraînant la fermeture de plus d’un millier d’usines en 5 ans et la perte de plus de 750 000 emplois industriels depuis 1995.

Il fallait inverser ce cycle. C’est pourquoi nous avons interpellé les pouvoirs publics, les parlementaires et le Gouvernement autour d’une idée neuve : coupler les politiques d’augmentation de la compétitivité coûts et hors coûts en soutenant financièrement les entreprises qui font le choix d’une nouvelle révolution : la modernisation de leurs outils productifs. Et nous avons été entendus avec la création du sur-amortissement en 2015 et son renouvellement en 2016.

En juin dernier, François Hollande s’engageait à reconduire une nouvelle fois le dispositif jusqu’en décembre 2017. Or, en octobre dernier, nous avons découvert que les textes budgétaires ne prévoyaient plus cette prolongation. Avec le Gimélec et Syntec Numérique, nous avons écrit au Président de la République et l’avons interpellé dans la presse sur la volte-face qu’il opérait.

Sans cette mobilisation, à laquelle d’autres syndicats, industriels et économistes se sont joints, le sur-amortissement n’aurait pas été temporairement prolongé. Nous ne pouvons donc qu’accueillir favorablement la mesure de prolongation jusqu’au 15 avril 2017, même si, du fait de sa durée, elle n’est pas pleinement satisfaisante.

Les industriels ont donc encore 3 mois pour profiter de ce dispositif. Ils ne doivent pas perdre de temps et se saisir très rapidement de cette opportunité !

Que proposez-vous ? La prolongation permanente du sur-amortissement ?

Bien évidemment que non. Il faut imaginer, comme a pu le faire d’autres pays, un mécanisme fiscal pérenne de soutien à l’industrie.

L’industrie a besoin de stabilité mais elle a également besoin que les pouvoirs publics se saisissent réellement de la mesure des enjeux. Elle a besoin de soutien pour les industries innovantes qui financent la modernisation de leurs outils productifs, qui font le choix de repenser leurs process de production pour les rendre plus performants, ou qui s’adaptent pour intégrer les conséquences de la révolution numérique. Sur ce sujet-là, la France accuse un retard par rapport à ses concurrents européens et il ne doit pas se creuser d’avantage.

Ces conditions sont indispensables pour assurer la montée en gamme des productions nationales, développer nos exportations et au final, rééquilibrer notre balance commerciale. C’est en quelque sorte, une œuvre salutaire pour toute l’économie.

Le Symop a donc décidé, avec la publication en octobre dernier, de son Manifeste en faveur de l’investissement productif, d’interpeller les candidats à l’élection Présidentielle et aux élections législatives sur leurs propositions pour l’industrie. Nous avons dégagé 5 grandes orientations que nous voulons mettre en débat.

Mais la modernisation des usines que vous évoquez, c’est souvent l’émergence des robots, l’automatisation et les gains de productivités qui y sont liés. Mais que répondez-vous à ceux qui disent que c’est mouvement entraine la destruction d’emplois ?

Ce qui détruit les emplois aujourd’hui ce ne sont pas les robots, c’est la faiblesse de notre tissu industriel, le manque de dynamisme de nos carnets de commande, notre faible compétitivité coûts et hors coûts et le retard de la France par rapport à ses concurrents européens.

En 2014, l’Allemagne disposait de 162 000 robots contre 34 000 seulement en France, et pourtant, le taux de chômage y est largement inférieur qu’en France. On constate également, chez nos voisins : une hausse de la productivité du travail nettement plus forte en Allemagne qu’en France ; une évolution beaucoup plus favorable des marges bénéficiaires en Allemagne qu’en France et au final des emplois industriels plus qualitatifs et plus rémunérateurs qu’en France. On constate également en Allemagne, une forte hausse de la productivité du travail, une évolution plus favorable des marges bénéficiaires et au final des emplois industriels plus qualitatifs et plus rémunérateurs qu’en France. L’étude menée par L’économiste Karl Brenke, de l’institut berlinois DIW le démontre. Sur la même période, la rémunération des salariés Allemands s’élevait à 33,82 €, et le salaire brut horaire à 24,90 € contre 32,23 € et 21,25 € pour les salariés français. Or la productivité chez nos voisins y est aussi plus élevée, de l’ordre de 50,00€ par heure de travail contre 41,60€ pour les salariés français.

Et les résultats sont durables. En janvier de cette année, le Ministre allemand de l’économie annonçait une augmentation de 0,4% de la production par rapport au mois d’octobre et la hausse des exportations allemandes sont en progression ce mois-ci de 3,9% sur un mois, la plus forte progression depuis mai 2012.

Pour remédier à cette situation, il y a cinq leviers urgents à actionner parmi lesquels : soutenir la modernisation de notre parc industriel, pour favoriser l’automatisation, gage de gains de productivité. Réduire le coût du travail sur les emplois qualifiés dont la rémunération est comprise entre 1,6 et 3,5 SMIC, pour inciter les employeurs à faire le pari des recrutements de haut niveau. Et enfin, lancer un plan de formation ambitieux qui répond aux besoins des entreprises de demain et permet aux salariés de trouver leurs places dans des usines plus modernes où leurs compétences seront recherchées et reconnues. Voilà comment faire de la France une nouvelle terre de production.

 

 

 

 

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