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Chine : Pourquoi l’industrie peut relocaliser en France

A l’heure où les coûts dans l’industrie chinoise n’en finissent plus de grimper, les avantages compétitifs de la 2e économie mondiale commencent tout juste à s’éroder.  Une opportunité que doivent saisir les entreprises françaises pour en finir avec le déclin. 

Seagate Wuxi China Factory Tour – Robert Scoble – Flickr


Si l’année 2012 est peut être l’année du Dragon, elle n’a pourtant pas porté chance à l’économie chinoise, poids de la conjoncture oblige. 

La croissance du produit intérieur brut chinois est tombée au deuxième trimestre à 7,6 %, son rythme le plus bas depuis plus de trois ans, alors même que l’activité manufacturière se contractait pour le neuvième mois consécutif.

La fin d’une suprématie économique ?

Si l’économie chinoise connaît plusieurs difficultés, à la fois sur le plan extérieur avec la crise de la dette européenne, et intérieure avec un rééquilibrage délicat de la croissance vers la consommation domestique, sa croissance d’environ 8 % reste insolente d’un point de vue occidental, d’autant que ce taux devrait repartir à la hausse d’ici 2013, selon le FMI.

Le véritable enjeu pour l’Empire du Milieu est de devoir faire face aux mutations de son économie, et notamment son industrie. L’incertitude quant aux coûts de production, l’amélioration des conditions sociales et la prise de conscience occidentale sur le rôle de l’industrie redistribuent en effet les atouts de la compétitivité.

Des atouts en péril

Il y a presque un an, le Boston Consulting Group, influent cabinet de conseil en stratégie d’entreprises, publiait un rapport « Made in America, again : Why manufacturing will return to the U.S.« , prophétisant le renouveau de l’industrie aux Etats-Unis, au détriment de la Chine. Si les conclusions ne sont pas nécessairement applicables à la France, du fait de différences structurelles et conjoncturelles (culture de l’innovation faiblesse du coût du travail, faiblesse du dollar,…) cinq facteurs devraient néanmoins affaiblir la suprématie de la Chine sur le marché de l’emploi industriel :

  • En raison du manque de main d’œuvre qualifiée en Chine, les salaires augmentent de 15 % à 20 % par an, et fragilisent l’avantage compétitif en termes de prix de main d’œuvre. Mais surtout, le BCG, en ajustant le coût salarial des deux pays en fonction de la productivité des travailleurs, a constaté que les travailleurs chinois sont généralement moins productifs, car moins formés que les occidentaux (américains dans le cas présent). L’écart du coût salarial pourrait dans le cas des Etats-Unis s’accroître davantage au fur et mesure que le yuan grimpera face au dollar.
  • En prenant en compte les taxes, les coûts de transports, d’approvisionnement, d’électricité (en pleine augmentation), etc… il sera au cours des cinq prochaines années de moins en moins rentable d’investir et de produire en Chine.
  • Nous avions publié au mois de juillet un article de la Fabrique qui témoignait de l’effort d’automatisation de la Chine pour accroître sa compétitivité.  Alors que le pays devrait devenir la principale puissance en termes de robotique industrielle d’ici 2014, il est urgent que l’Europe, et au premier plan la France, ne se laisse distancer dans un domaine où le retard s’accumule déjà. Mais cette automatisation sera douloureuse pour la Chine, par son coût d’une part, et d’autre part car elle réduit à peau de chagrin l’avantage compétitif de la main d’œuvre bon-marché, principale force de la Chine.
  • L’élévation du niveau de vie en Chine et l’explosion de la consommation intérieure devraient rapidement pousser les industries chinoises à produire chinois pour les chinois. De ce fait,  son économie devrait moins dépendre des investissements  étrangers.
  • La production industrielle pourrait alors se délocaliser vers de nouveaux horizons, comme le Mexique, l’Indonésie ou le Vietnam. Mais le manque d’infrastructures, de formation, d’approvisionnement stable en eau et en électricité, de statuts de la propriété intellectuelle pour le brevetage sont autant de facteurs qui pourront freiner ce mouvement. A cela s’ajoutent selon les cas la corruption, l’instabilité politique et les conditions de sécurité.

Au final, d’après l’étude du BCG, produire en Chine ne coûtera bientôt plus que 10 à 15% moins cher qu’aux États-Unis d’ici à 2015

 

Relocalisations : les prémices d’un mouvement général ?

Il est encore trop tôt pour parler de mouvement de relocalisation. D’abord parce que l’érosion des avantages compétitifs de la Chine prendra plusieurs années, mais également parce que le gouvernement de Pékin met en œuvre des contre-mesures pour maintenir son activité industriel.
De plus, un certain nombre d’industries, nécessitant un assemblage manufacturé en grande série, resteront toujours l’apanage du dragon chinois.

Les consultants du BCG sont néanmoins convaincus que les Etats-Unis devraient d’ici 2015 faire leur grand retour sur la scène économique. Caterpillar a récemment agrandi une usine de production d’excavateurs hydrauliques au Texas. Auparavant, NRC avait rapatrié en 2009 sa production de distributeurs automatiques de billets en Géorgie. D’autres Etats, comme l’Alabama ou la Caroline du Sud mène une politique de dumping fiscal et social pour conserver des centres de production à bas coût.

Un tel scénario est-il envisageable de l’autre côté de l’Atlantique, et notamment en France ?

Le journal Libération citait le 15 juillet dernier le cas de Jean-Charles Viancin, président de Super Silicone, une entreprise spécialisée dans la production de moules du même nom. Cet entrepreneur avait délocalisé sa production en Chine suite à l’échec de sa start-up en France. Trois plus tard, la donne a déjà changée. Plusieurs facteurs l’ont fait revenir sur cette décision, à tel point qu’il envisage de relocaliser de manière progressive sa production dans l’Hexagone. Outre les coupures récurrentes d’électricité, qui lui font perdre chaque année « 10% du chiffre d’affaires « ,  Jean-Charles Viancin dénonce la hausse du coût du travail, de même que le manque de formation :  « Un ouvrier chinois a besoin d’avoir derrière lui un contremaître, un contrôleur de qualité, un team leader, un superviseur et un manager… Pour faire tourner une machine, on a besoin de quatre personnes, alors qu’en France une seule suffit ».
Sont évoqués également la hausse des frais de transport et des tarifs douaniers ainsi qu’une politique de la demande plus favorable en France (certaines chaînes de distribution sont prêtes à payer 10 à 15 % plus cher pour un produit Made in France). La parité euro-dollar considérée à court terme, rassure aussi cet exportateur.

Ainsi, si la France veut espérer retrouver ses emplois perdus, il est plus que vital de redonner aux entreprises françaises les moyens de produire mieux. La maîtrise des coûts salariaux, l’incitation à l’innovation, la pérennité fiscale inscrite dans une stratégie globale et le renouvellement de l’outil de production permettront aux usines françaises de redorer le blason d’une industrie en berne, et de marquer la différence en termes de qualité et d’efficacité. Un futur qui ne peut prendre chair que par des actions franches et immédiates de la part de tous les acteurs du monde économique.

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